Bio

Lady Linn & Her Magnificent Bigband: un rêve devenu disque et un anniversaire fortuit
Cette année, Lien De Greef célèbre un anniversaire, mais elle n’y avait pas encore pensé. Elle voulait enregistrer un album accompagnée par un big band, point à la ligne. Sauf que la boucle est ainsi bouclée : voilà en effet quinze ans qu’elle se trouvait pour la première fois sous le feu des projecteurs avec ses Magnificent Seven. En 2018, Lady Linn renoue donc avec ses premiers pas et embrasse ce pur jazz de ses débuts. Mais bien sûr dans une configuration plus étendue, plus riche et plus swinguante. Parce rien ne joue plus joliment qu’un big band.

C’est en se produisant avec le Big Band ’86 de Marc Godfroid, le tromboniste et ex-professeur, que l’idée est soudainement née. Qu’est-ce que ça lui avait manqué, la force d’un tel groupe de musiciens. « Cinq saxophones qui distillent tout à coup de nouvelles mélodies dans ton titre, et puis des trompettes qui s’y ajoutent… Ça a vraiment quelque chose », dit-elle. « C’est du beau savoir-faire, qui se met lui-même au service de la chanson. »

L’idée d’enregistrer pour elle avec un big band a donc pris forme, et nombre de morceaux qu’elle avait déjà imaginés pour son cinquième album ont été mis au frigo. Elle s’est remise à écrire dans son home studio, parfois carrément entre deux tâches ménagères – écoutez à ce propos le joli « Laundry Day » -, uniquement avec Pablo Casella, son ami proche, ou le pianiste Joris Caluwaerts, ou encore son compagnon Filip Vandenbril. Après quoi elle s’est tournée vers les musiciens de son big band, pour les arrangements spécifiques. Frederik Heirman, Lode Mertens, Jan Verstaen, Marc De Maeseneer, Dree Peremans, Wietse Meys, Domenico Verderame et Yves Fernandez ont alors pris les choses en main.

Le groupe de 16 musiciens a investi le studio JET à Bruxelles, sous l’œil approbateur de l’arrangeur bruxellois et ingé-son de jazz Gyuri Spies, et de Jonathan Jeremiah dans le rôle du producteur. Lien a fait la connaissance de ce dernier lors de sessions d’écriture communes, et une collaboration ultérieure s’est imposée quand quelques-unes de ces chansons se sont aussi retrouvées sur « Black Swan ». Le chant, lui, a été finalisé à Londres, au studio Konk, et à Anvers, au studio Finster du claviériste Joris Caluwaerts.

« Once I was a black swan », chante Lien sur la plage titulaire, écrite avec Casella, et il y a quinze ans, elle était bel et bien un cygne noir : une exception, une jeune chanteuse qui se donnait au jazz, sans se soucier de l’air du temps. Quatre albums et quelques détours stylistiques vers la pop plus tard, elle veut retrouver ce sentiment, renouer avec son grand amour. « C’est simplement l’envie de faire ce que je veux en toute liberté, sans tenir compte de ce qui marche en radio ou d’autres petites règles de la pop. Ça peut être du jazz sans pour autant devenir esclave des traditions du genre. Avec ce big band, j’ai aussi voulu expérimenter. Cela ne doit pas forcément swinguer, ça peut tout aussi bien encore être quelque peu poppy, ou alors je sample les musiciens, comme sur « You + Me », … »

Cette liberté, on l’entend dans le plaisir qui jaillit de « Black Swan ». « Nous nous sommes amusés », confirme Lien. « C’est aussi un album qui m’appartient autant qu’il appartient au collectif. J’ai bel et bien écrit les morceaux, mais la manière dont ils sonnent est le fruit du travail de nombreuses mains. C’est ensemble que nous avons œuvré jusqu’à ce que tout soit juste. Mais le disque est certainement ludique. C’est précisément ce qui est agréable avec cette musique swing : elle paraît toujours légère et gentiment ironique. Prenez maintenant « Miss The Boat », par exemple, où je me désole quand même de la manière dont nous n’arrêtons jamais de courir, jusqu’au burn out. Regardez-nous ! Et donc, tout n’est pas que sourires, une musique joyeuse peut de temps en temps s’accommoder d’un texte sérieux. Comme c’est souvent le cas dans le jazz. »

Voilà donc « Black Swan », un album sur lequel Lady Linn poursuit son chemin. C’est un album personnel et intime, ludique et fort. Ecoutez le fragile « Afraid To Lose You », ou le swing de « Miss The Boat ». Des chansons à propos de l’amour jouent à saute-mouton avec des fragments de la vie de tous les jours – cette lessive qui attend systématiquement d’être faite alors que vous voulez écrire, une maison pendant la nuit où on louvoie entre les ours en peluche, … -, mais il y a toujours cette constante : cet amour pour le big band fort en sons, qui swingue, qui claque et dont les cuivres ont du souffle, mais qui sait tout autant être doux quand cela s’avère nécessaire. Lien De Greef est de retour, là où tout a commencé. Et ça fait du bien.